Je finis mon verre de vin, les yeux gorgés de chimères.
(3h40 : l'heure des rêves incolores, des pensées confuses et des métastases d'ennui)
A travers la vitre, quelques passants déambulent et gesticulent, oscillant sur un trotoir peu épais.
La ville, mutine, m'offre ses néons, nappée de lumière artificielle, orangée.
Je balaye d'un regard trouble les quelques maisons voisines, toutes closes sous d'imperturbables rideaux.
Je créverais presque de les entre-ouvrir ces fameux rideaux, ces volets de fortunes.
En manque de corps à serrer. Désirs acérés,
Seul et médiocre; tapi derrière ma lucarne, à épier les faits et gestes de tout un chacun.
Je me faufile, au gré des fenêtres. Je peux jusqu'à sentir leur parfum, frôler un décor.
Alors, j'imagine ...
J'imagine des vies, des visages. Des vies en coups de vents. Des visages de hasard.
Je m'inspire d'un langage à part, un langage en substance, au creux de ces fenêtres.
Je peux sentir le souffle d'un Encore, un Idéal.
Je sens l'excitation monter en moi.
Et ces vies entre-coupées de lointaines musiques, d'images d'instant...
Je finis mon verre de vin, en quelques lampées indécentes.
Quelques gouttes d'alcool pourpre
coulent le long de ma bouche, et viennent se mourir dans le col de ma chemise.
Mes yeux balayent les quelques fenêtres, qui s'éteignent, une à une.
Les maisons s'éloignent.
Bientôt, mon écran devient noir.